Questionnaire de Proust: les réponses de John Guyve François
  • April 05, 2026
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Questionnaire de Proust: les réponses de John Guyve François

Né à Carrefour, John Guyve François a effectué ses études primaires à l’école Notre-Dame de l’Assomption, puis ses études secondaires au Collège mixte Eddy Pascal. Après l’obtention de son baccalauréat en 2014, il s’est pleinement engagé dans sa passion pour l’écriture.

Éditions Repérage : Ton occupation préférée ?

J’aime écrire pour une raison simple, je réfléchis mieux quand j’écris. Et la réflexion, c’est se donner du temps pour visiter et revisiter ses opinions, ses croyances, ses connaissances. De fait, puiser en soi, c’est beau et moi, j’écris aussi pour sacraliser la beauté.

ER : Ce que tu voudrais être ?

Je songe assez souvent à ce que je voulais être. Dans un premier temps, l’idée de devenir ingénieur me fascinait avant d’être attiré par les sciences économiques. Maintenant, je vois plus clair, je caresse le rêve de devenir écrivain pour raconter le réel d’une façon bienveillante, pour inviter l’autre à découvrir des tableaux de tendresse, de tristesse, de bonheur... C’est dans cette logique de découverte que je voudrais être animateur de radio. Je suis assez prétentieux en ce sens. Je crois avoir les meilleurs goûts musicaux, c’est peut-être stupide de le dire comme ça, mais j’y crois fermement. Je voudrais faire d’autres expériences musicales et me livrer aux autres, leur présenter mon univers et pourquoi ne pas m’essayer aux leurs.

ER : Ton principal défaut ?

Je suis calme. Certains disent que je suis trop gentil, ils exagèrent en ce qui me concerne. Je pense que ma gentillesse me fait défaut quand on vit dans un monde où respecter l’autre n’est pas la règle générale. J’essaie de changer ma peau d’agneau en loup mais je n’ai pas encore réussi.

ER : La qualité que tu préfères chez une femme ?

J’ai appris un peu tard qu’il n’y a pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il va. La dure réalité du monde est que la majorité des femmes ne sont pas maîtresses de leur destin. De plus, on décrit les femmes comme des êtres capricieuses et indécises, c’est pourquoi je préfère celles qui sont libres et qui savent exactement ce qu’elles veulent.

ER : Le pays où tu désirerais vivre ?

Le Québec, c’est le pays où je désirerais vivre pour une raison assez banale. J’ai une amie qui vit au Québec, mon nom est souvent sur ses lèvres et a été au moins porté une fois sur celles de ses enfants et petits-enfants. J’habite cette province du Canada à travers sa pensée, ses yeux et ses souvenirs.

ER : La commune d’Haïti où tu désirerais vivre ?

Je suis allé à Jacmel trois fois déjà. La poésie de cette ville est si pure. Vous avez sûrement regardé le film « la peur d’aimer » de Reginald Lubin. Ce film m’a dédicacé la flamme poétique de cette commune. Je me souviens de la réplique de Reginald Lubin où il récite ces vers d’un poète de la ville : Jacmel au clair de lune, me voici transporté dans un monde nouveau, grâce à vous astre d’or…. Carrefour ne se différencie pas de Jacmel en termes de poésie même si elles ne sont pas dans le même registre. J’aime son hospitalité et je crois que ce n’est pas un hasard si je me suis déjà rendu là-bas à trois reprises. Je pense que Jacmel m’attend. Et puis, mon père a vécu là-bas pendant un certain moment. Mon deuxième petit frère est de Jacmel.

ER : Tes auteurs favoris en prose ?

Dany Laferrière est un écrivain que j’admire. À mon sens, son écriture est ce qu’il y a de plus naturel et authentique. J’ai comme l’impression que celle-ci n’est point travaillée ou retouchée. Je consomme sans modération Dany sur YouTube, je me plains de ne pas le lire assez.
Mackenzy Orcel, c’est à travers « Les latrines » que je le découvre. Une vraie merveille. La force et la profondeur de cette histoire m’inviteront à le suivre. Après L’Étranger d’Albert Camus, Les Latrines est ce livre qui m’aura le plus marqué.

ER : Tes poètes préférés ?

Dans la nouvelle génération, je suis marqué par le style de Jean D’Amérique. Son écriture m’influence à un certain niveau. Sa poésie, un lieu de résistance. Elle est autant libre que moderne. James Noël, je le considère comme le parrain de ma poésie, j’ai lu Le sang visible du vitrier qui m’a donné soif de par la puissance de son verbe. Sa poésie est assez classique et riche en images mais aussi très liée au réel. Georges Castera, je crois que c’est le poète le plus connu et le plus emblématique. Qui se dit être un fervent de la poésie et n’a pas déjà récité : " Je n’appartiens plus au temps des grammairiens mais à celui de l’éloquence... Aime-moi comme une maison qui brûle ».

ER : Tes peintres favoris ?

Je n’ai pas de peintres favoris pour dire vrai. Je connais seulement quelques grands noms de la peinture haïtienne et universelle. J’ai déjà vu quelques-uns de leurs travaux mais rien de plus.

ER : Tes héroïnes dans l’histoire d’Haïti ?

Pour ce qui est des héroïnes de l’histoire d’Haïti, je les ignorais comme la majorité des Haïtiens. Toutefois, l’œuvre Opéra poussière de Jean D’Amérique m’a ouvert les yeux sur nos héroïnes et principalement sur Sanite Suzanne Bélair qui était une des guerrières aux côtés de nos héros.

ER : Tes héros dans l’histoire d’Haïti ?

Boukman, le premier parce qu’il fait partie des pionniers dans le processus de rassemblement des esclaves. Jean-Jacques Dessalines, je l’admire pour son entêtement, il ne rêvait que de liberté. Henry Christophe est le plus grand visionnaire qu’ait connu le pays de manière concrète. Si vous vous rendez au Cap-Haïtien, vous sentirez sa présence à travers les habitants. Je l’ai sentie quand je me suis rendu là-bas en décembre 2021. Toussaint Louverture donne la preuve qu’il n’est jamais trop tard pour se construire, cela devait être dur d’apprendre à lire à 40 ans.

ER : Les personnages historiques que tu méprises le plus ?

Je méprise les tyrans de l’histoire comme : Hitler, Staline, Duvalier père et fils. Par ailleurs, j’ai méprisé les discours du défunt président Jovenel Moïse qui prônaient la réunion de l’eau, du soleil, de la terre pour sauver le pays. Il a manqué de respect aux paysans, au roman de Jacques Roumain Gouverneurs de la rosée. Au plus haut niveau, il a manqué de respect à la nature même.

ER : Tes héros dans la vie réelle ?

Odeline Metellus : Mon soleil.

Jean Eddy Pascal : Ce monsieur, le défunt directeur du collège Eddy Pascal, m’a appris à avoir foi en l’humain et aussi l’importance d’être juste dans la vie.

Joubert Joseph : J’ai connu le poète sur Facebook, à l’époque je publiais abondamment des textes sur les réseaux et sur mon blogue guyvecohaiti.blogspot.com. C’est lui qui m’a fait comprendre que la poésie a évolué et qu’on ne tenait pas à obéir aveuglément aux règles de la versification. Il a sauvé ma poésie. Auparavant, je restais bloqué certaines fois en cherchant à rimer deux vers.

Deva Docima Dorsainvil : est mon défunt prédicateur et fondateur du mouvement judéo-chrétien dénommé MJPP (Miséricorde-Justice-Paix-Puissance). À travers l’histoire de sa vie qu’il se plaisait à raconter, il m’a appris à vivre. Ses discours et prédications ont grandement participé à ma formation spirituelle et intellectuelle.

ER : Le don de la nature que tu voudrais avoir ?

À Petite Rivière de Nippes, ville de province dont ma grand-mère est originaire, j’y allais pour passer les vacances d’été durant mon adolescence. Un peu à l’ouest de notre habitation, l’eau coulait de manière abondante. Elle faisait l’objet de nombreux usages mais on la buvait rarement. On pouvait la sentir depuis le haut de notre maison. Depuis quelques années, l’eau a oublié de passer par ce chemin. Pour voir l’eau couler, on doit se rendre à Anse-à-Veau. Les habitants attendent la pluie pour arroser leur jardin. Une pluie qui tarde souvent à arriver. Il n’y a pas de Manuel à Petite Rivière de Nippes. J’aimerais faire revenir l’eau si je le pouvais.

ER : Ton rêve de bonheur ?

Comme j’ai l’habitude de le répéter, je vis mieux quand je n’ai pas d’argent. Je pourrais vivre dans un pays où l’État me distribue la nourriture, les vêtements, un logement, et les autres choses vitales pour assurer mon train de vie, je peux même travailler sans recevoir un salaire. Mon tableau de bonheur serait celui-là, vivre dans un pays où l’argent est complètement absent.

ER : Quel serait ton plus grand malheur ?

Dans la vie, je crois que le malheur peut succéder à la beauté. Mais il me serait difficile d’avoir le poids de la mort de quelqu’un sur ma conscience. Ce serait insupportable pour moi.

ER : Comment aimerais-tu mourir ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise mort sauf que je ne souhaiterais pas que ma souffrance conduise à ma mort. Je me suis évanoui une fois, ce qui me fait penser qu’une mort subite causerait trop de peine à ceux qui m’aiment. Même étant malade, je voudrais être bien dans ma peau au moins 24 heures avant que je meure et ceci dans mon lit tranquillement en gardant les yeux ouverts.

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À propos de l'auteur

Éditions Repérage

    Sandra Gervais

    Vos réponses m'ont été d'une grande aide je souhaite que vous continuez sur cette voie ????

    April 06, 2026 - 12:53:35 PM

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